Ce buste en terre cuite a été réalisé par l’artiste valenciennois Jean-Baptiste Carpeaux en 1869. Il s’agit d’une étude pour la figure de l’Afrique que l’on retrouve sur la Fontaine de l’Observatoire dans le Jardin du Luxembourg à Paris.

Jean-Baptiste Carpeaux, Pourquoi naître esclave ? © Douai, musée de la Chartreuse

Ce monument est commandé par le baron Haussmann dont la mission est de donner un nouveau visage à la capitale sous Napoléon III. Conçue dans le cadre de la réalisation d’un monument public, cette sculpture a rapidement acquis une totale autonomie.

Alors qu’il réalise plusieurs études de type ethnographique, Carpeaux décide de détacher le buste de la femme représentant l’Afrique afin de l’exposer au Salon de 1869. L’Impératrice Eugénie l’achète pour le placer au château de Saint-Cloud. Cette œuvre plaît particulièrement pour le mouvement qu’elle dégage : la rotation du visage et des épaules et l’aspect des cheveux donnent l’impression d’un mouvement de révolte et évoquent le besoin de liberté et de dignité du personnage suite à l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Sa poitrine est dénudée, chose habituelle dans la représentation d’allégories féminines, selon des codes artistiques venant des modèles antiques. Cependant, certains voient dans l’œuvre une forme de sensualité, voire de sexualisation de la femme noire.

Des liens entourent son buste, et ses oreilles portent la trace de créoles, symbolisant les anciens fers des esclaves, aujourd’hui disparues. À l’origine, l’inscription "Pourquoi naître esclave ?" n’était  pas le titre de l’œuvre puisque Carpeaux présente la sculpture sous le titre Buste de négresse. Réalisée vingt ans après l’abolition de l’esclavage en France, cinq ans après l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, elle interpelle le spectateur du 19e siècle et relance le sentiment philanthropique partagé par les artistes et le public. En 1869, Théophile Gauthier écrivait : "La Négresse lève au ciel la seule chose qu’ait de libre l’esclave, le regard". Son expression tourmentée se lit sur son visage mais aussi dans la torsion du corps, qui rappelle les souffrances de son exploitation.

Face à ce succès, Carpeaux édite ensuite le modèle dans différentes matières : marbre, bronze ou terre cuite. Ainsi, plusieurs bustes sont aujourd’hui conservés dans différentes collections publiques.