Portrait d’Augustin Boutique, collection Boutique, Photothèque Augustin Boutique-Grard © Douai, musée de la Chartreuse

Présentation

Augustin Boutique (1862-1944), né à Valenciennes, consacre sa vie à la photographie. Installé à Douai comme photographe-amateur entre 1894 à 1914, il met son talent au service du patrimoine monumental de sa région. Il fut aussi le photographe-reporter des grands événements festifs et des scènes de la vie quotidienne, témoignant de la société du début du 20e siècle. De ses nombreux voyages à travers la France, il rapporte des vues remarquables de monuments des grandes villes.

Sa collection de 25 000 plaques de verre a été léguée à la ville de Douai par sa fille Thérèse Hervieu. À partir de ce legs, la ville de Douai a créé, en 1989, la Photothèque Augustin Boutique-Grard au musée de la Chartreuse. Depuis plus de 20 ans, la photothèque s’est enrichie de plusieurs fonds photographiques anciens sur plaque de verre, film et papier : collections Boutique, Baron-Gallois, Ferran, Dubuisson, Lucas, Dewailly, Maillard, Lefebvre, Société Photo-Ciné, Lecouffe.

 

La photothèque en chiffres

  • Plus de 45 000

    négatifs sur verre conservé à la Photothèque Augustin Boutique-Grard

  • Plus de 5 000

    photographies sont consultables dans la salle de lecture de la photothèque

Histoire des collections

Chronologie succincte des fonds de la photothèque Augustin Boutique-Grard à travers les techniques et les supports. 

Anonyme, Portrait d’un jeune homme. Non daté. Daguerréotype. Dimensions du passe-partout, 11,1 x 9,6 cm; Collection de la photothèque Augustin Boutique- Grard, inv. PH.FAM.01

Qu’est-ce qu’un Daguerréotype ?

Le portrait de ce jeune homme non identifié, réalisé entre 1845 et 1860, figure parmi les plus anciennes images que conserve la photothèque Augustin Boutique-Grard, il est ce que l’on pourrait appeler un “Incunable de la photographie”. Il nous est parvenu dans sa présentation d'origine : un cadre ovale découpé dans un passe-partout beige, mise en forme élégante caractéristique du daguerréotype français.


Le sujet est soigneusement apprêté : cheveux bruns mi-longs, avec une raie sur le côté selon la mode du temps, veste sombre sur un gilet à petits points, et une lavallière volumineuse nouée avec soin, autant de détails qui situent ce jeune homme dans la bourgeoisie aisée de son époque. Son regard, légèrement orienté de trois quarts vers l'objectif, suit fidèlement les codes du portrait peint dont la photographie est encore l'héritière directe.

Focus technique

Procédé photographique breveté par Louis Daguerre en 1839, le daguerréotype, qui tient de lui son nom, produit une image unique, positive et non reproductible, fixée sur une plaque de cuivre recouverte d'une fine couche d'argent. Le daguerréotype est un objet précieux, souvent encadré dans un bel écrin, conservé dans de nombreux intérieurs bourgeois de l’époque. Premier procédé de prise de vue photographique viable, il restera en vogue jusque dans les années 1850, où il sera peu à peu remplacé par
des procédés au collodion qui offrent, outre un temps de pose réduit à 2-3 secondes, l’obtention d’images plus belles, plus nettes et dotées d’une palette de gris plus étendue.

Narcisse Joseph Peuvion, Portrait de Claire Locoge. 1859. Ambrotype (après restauration). Dimensions du cadre, 20 x 17,5 cm. Collection de la photothèque Augustin Boutique-Grard, inv. PH.2015-1

Qu’est-ce qu’un Ambrotype ?

Ce portrait de Claire Locoge a été réalisé en 1859 par le photographe Narcisse Joseph Peuvion. Installé depuis 1853 place
d'Armes à Douai, il est parmi les premiers à exercer son art dans la ville.

La jeune fille, âgée d'environ quatre à cinq ans, est représentée assise sur une chaise à sa taille, les mains jointes, le regard posé sur l'objectif, calme et serein. On remarquera que le col de sa robe a été légèrement rehaussé de touches de blanc, retouche délicate caractéristique de la pratique de l'époque. Sa tenue soignée rappelle que immortaliser son image, demeurait alors un acte coûteux, réservé à une certaine élite.

L'ambrotype a souffert des outrages du temps, et se présente aujourd'hui brisé, mais le regard de cette enfant, lui, nous est parvenu intact, à près de cent quatre-vingts ans de distance.

 

 

 

Focus technique

Basé sur la technique du collodion, inventé par le britannique Frederick Scott Archer, l’ambrotype est breveté par James Ambrose
Cutting en 1854. Il permet d'obtenir une image négative unique qui, lorsqu’elle est vue par transparence sur un fond noir, devient
positive. Le terme “Ambrotype” provient du grec Ambrotos qui signifie “Immortel”. 

À l'instar du daguerréotype, chaque ambrotype est unique et ne peut être reproduit.

Anonyme, Portrait des frères Vanlaer. vers 1885. Ferrotype. Collection de la photothèque Augustin Boutique-Grard, inventaire en cours

Qu'est-ce qu'un Ferrotype ?

Ce portrait de famille, réalisé vers 1885, réunit quatre des frères Vanlaer. La mise en scène, réalisée en studio, suit les conventions du genre : l'aîné vêtu de son costume est assis, tandis que ses cadets se tiennent debout, s'appuyant légèrement les uns sur les autres pour maintenir la pose. Leurs tenues soignées témoignent de leur appartenance à la bourgeoisie et du soin apporté à cette occasion. 

L'état de conservation de ce ferrotype est satisfaisant, malgré quelques boursouflures de la couche image en bordure, altérations caractéristiques de ce type de support.

 

Focus technique

Inventé par le français Adolphe Martin en 1852, la technique du ferrotype désigne la sensibilisation d’une plaque de fer par une
succession de couches de vernis. L’image produite est positive et n’est pas multipliable.


Procédé populaire et accessible, le ferrotype s'est imposé comme l'un des supports privilégiés du portrait photographique, notamment parce qu’il a sensiblement réduit le temps de pose, permettant des prises de vue de l'ordre de quelques secondes. Sa souplesse d'usage permettait de le glisser dans un album, de l'encadrer ou de l'enchâsser dans un médaillon.


Moins cher que l’ambrotype, plus facile à transporter et moins fragile, le ferrotype se développera davantage aux Etats-Unis qu’en
Europe, notamment par les photographes ambulants lors de la guerre de Sécession (1861-1865), et sera utilisée jusque que dans les années 1950.

Augustin Boutique, Sortie du condamnée François Baillet de la maison d’arrêt. 28 août 1891. Plaque négative au gélatino bromure d’argent. Collection de la Photothèque Augustin Boutique-Grard, inventaire en cours.

Qu’est-ce qu’une plaque au gélatino-bromure d’argent ?

En haut des marches, vêtu de blanc, pieds et poings lies, François Baillet, condamné à mort par guillotine, est conduit vers l’échafaud. Surnommé « la Terreur du Nord », il est reconnu coupable de cinq meurtres particulièrement sordides, dont celui d’un curé et d’un abbé.Présent devant la maison d’arrêt de Douai, le photographe Augustin Boutique avait patiemment attendu ce moment. Son appareil installé sur son trépied, il guettait la sortie du condamné afin d’immortaliser
cette scène exceptionnelle.


La photographie restitue toute la tension de l’instant. Les silhouettes sont floues, le cadrage légèrement désaxé, témoignant de la précipitation et de l’agitation qui règnent autour de l’événement. Tous les regards convergent vers l’homme qui s’apprête à vivre ses derniers instants. Sans en avoir le titre, Augustin Boutique saisit un cliché qui s’inscrit pleinement dans un travail de journaliste, conférant une force documentaire à sa photographie.

Focus technique

Les premières expériences avec le gélatino-bromure d'argent remontent à 1871, lorsque le médecin britannique Richard Leach
Maddox publie ses travaux sur ce nouveau procédé. Mais, il faudra attendre l’année 1880, date clé dans l’histoire de la photographie, pour que les premières plaques soient commercialisées. Le procédé restera en usage jusque dans les années 1950-1960, avant d'être progressivement remplacé par des supports souples.


Une plaque au gélatino-bromure d'argent se compose d'un support recouvert d’une émulsion de gélatine animale dans laquelle sont en suspension des cristaux de bromure d'argent, sensibles à la lumière.


Son avantage décisif sur le collodion humide est simple : les plaques peuvent être préparées longtemps à l'avance, développées
immédiatement après la prise de vue ou plusieurs jours plus tard, sans nécessiter le transport d'un laboratoire chimique. Cette facilité d'usage ouvre la photographie à un public bien plus large, au-delà des seuls studios professionnels et amateurs fortunés, provoquant une véritable révolution de la pratique photographique.

Anonyme, Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris. 1925. Opalotype. Collection de la Photothèque Augustin Boutique-Grard, n° inv. PH.FE 1380

Qu'est-ce qu'un opalotype ?

Cet opalotype a été pris lors de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, inaugurée à Paris en 1925. Déployée sur l'Esplanade des Invalides et ses abords, elle accueillit plus de seize millions de visiteurs, affichant avec éclat l'ambition de promouvoir aux yeux du monde, l'excellence à la française.
À l'arrière plan, on reconnaît les toits du Grand et du Petit Palais, et plus proche les célèbres Pégases en bronze doré du Pont Alexandre III. Au premier plan, le jardin floral, conçu par l'architecte paysagiste Jacques Lambert, déploie de hauts piliers octogonaux, surmontés chacun d'un bouton de tulipe fermé destiné à illuminer la terrasse à la
nuit tombée.
L'Exposition consacra pleinement l'Art déco comme style à part entière, et ancra durablement l'expression dans le vocabulaire de l'histoire de l'art.

Focus technique

C'est à Liverpool que Glover et Bold déposent, en 1857, le premier brevet relatif à l'opalotype. Le procédé s'inscrit dans un ensemble de techniques de la même époque : ivorytype, crystoleum, hallotype ou encore opaline. L'opalotype se distingue par son support : un verre blanc opaque et translucide, sur lequel l'image est transférée par contact à partir d'un négatif préalablement réalisé. Relativement rare dans les collections photographiques, l'opalotype ne rencontra pas le succès escompté. Ses contraintes techniques et son manque de finesse dans les détails, le condamneront à demeurer un procédé marginal, bien vite remplacé par des alternatives plus souples et plus accessibles.

 

Anonyme, Portrait de Charlotte Denquin. début du XXe siècle. Autochrome. Collection de la photothèque Augustin Boutique-Grard, inv. PH.GA.01

Qu’est-ce qu’un autochrome ?

Réalisé en 1907, ce portrait représente Charlotte Désirée Adèle Lassudrie-Duchêne (1880-1965), dans le salon de sa demeure marseillaise. Assise, pensive, elle tient un livre d'une main, tandis que l'autre s'immobilise dans un geste suspendu. Fille de Paul Georges Étienne, secrétaire particulier des frères Rothschild, et épouse de Camille Louis Omer Denquin, Charlotte appartient à la haute bourgeoisie de son temps, et son intérieur en porte toutes les marques. La photographie recèle de détails : Bibliothèque, sculpture, boîte à bijoux, fleurs et au mur, on distingue un oud, instrument à cordes
originaire du Moyen-Orient, dont la présence dans ce salon bourgeois témoigne d'une curiosité pour les cultures du monde.

Le tout forment un décor soigneusement composé, où la musique, la littérature et les arts dressent le véritable portrait social et culturel de Charlotte. Cette image s'inscrit pleinement dans le mouvement pictorialiste, qui revendiquait pour la photographie une approche esthétique et poétique, afin de faire admettre la photographie dans le domaine des arts.

Focus technique

En 1907, après plusieurs années de travail, les frères Lumières crée le premier procédé viable de photographie en couleur sur plaque de verre : l’Autochrome. Accessible et simple d'emploi, il permet au plus grand nombre la prise de vue en couleur, jusque là réservée aux plus fortunés ou professionnels.


La plaque Autochrome se compose d’une couche de fécule de pomme de terre, environ sept mille grains par millimètre carré;
teintée dans les trois couleurs primaires (rouge-orangé, vert, bleu violet) est déposée sur une plaque de verre, où elle joue le rôle de filtre coloré. Une émulsion panchromatique, c’est-à-dire sensible à toutes les couleurs, vient compléter l'ensemble, formant une
structure en plusieurs couches qui capte et restitue la lumière par transparence.


Les autochromes se situent à mi-chemin entre la photographie et la peinture : l'effet obtenu n'est pas une restitution fidèle du réel, mais son interprétation dans des teintes pastels, douces et lumineuses.

 

Anonyme, Bullecourt. Mai 1917. Plaque stéréoscopique négative au gélatino bromure d’argent. Collection de la Photothèque Augustin Boutique-Grard, PH.MA 031.

Qu’est-ce qu’une vue stéréoscopique ?

Cette vue stéréoscopique présente le paysage dévasté de Bullecourt, théâtre de deux batailles meurtrières en avril et
mai 1917, dans le cadre de la bataille d'Arras. Un paysage que l'on peine, dans un premier temps, à déchiffrer. Puis les détails émergent : des débris de fer, d'acier et de bois au premier plan, un arbre lacéré par les obus, les restes d'une charrette abandonnée, et surgissant des décombres, le nom de la ville, flottant au loin dans ce que l'on imagine être un silence assourdissant.


Cette vue est destinée à être observée à travers un stéréoscope, qui fusionne les deux images légèrement
décalées en une seule vision en relief. L'effet de profondeur ainsi créé renforce l'immersion du spectateur. Au début du XXe siècle, les appareils stéréoscopiques se démocratisent et se miniaturisent. Plus compacts, ils se glissent aisément dans un bagage de voyage, se sortent rapidement pour saisir un moment familial, ou, comme ici, pour témoigner d'un quotidien parfois tragique. Leur usage est également simplifié par une innovation technique décisive : le châssis-transposeur, un dispositif à glissière permettant de tirer directement un positif sur verre à partir du négatif, sans recourir à un laboratoire extérieur. La chaîne entre la prise de vue et l'image finale raccourcit considérablement, favorisant la multiplication des prises de vues.

Focus technique

C’est en 1832 que l’anglais Charles Wheatstone pose les premiers principes de la stéréoscopie et invente en 1838, le stéréoscope à miroir. Deux années plus tard, Sir David Brewster perfectionne le système et remplace les miroirs par des lentilles. Son appareil sera repris, décliné, amélioré, et la photographie stéréoscopique va dès lors rencontrer un engouement populaire qui durera jusqu’aux années 1960. La technique se fera ensuite plus discrète jusqu’au renouveau de la 3D et l’arrivée de la VR (réalité virtuelle).
 

Il convient de distinguer l'appareil de prise de vue de celui dédié à la visualisation. L’appareil de prise de vue stéréoscopique permet de prendre deux photos qui reproduisent l'écart naturel entre les deux yeux humains, soit environ 6 à 7 centimètres. Le stéréoscope, lui, permet d'observer à travers deux oculaires cette paire d'images légèrement décalées, que l'oeil reconstitue en une seule vision et en relief. Dès le début du XXe siècle, l’engouement pour les vues stéréoscopiques se renforce lorsque la prise de vue devient accessible pour les amateurs et le développement des négatifs ne nécessitant plus de laboratoire.

Augustin Boutique, Atelier du menuisier. début du XXe siècle. Négatif sur support souple translucide au gélatino bromure d'argent. Collection de la photothèque Augustin Boutique-Grard, inv. PH. 4396

Qu’est-ce qu’un support souple ?

Ce portrait d'un menuisier en plein travail a été réalisé par Augustin Boutique au début du XXe siècle. Adepte de la plaque de verre, ce photographe douaisien était aussi un expérimentateur curieux, chimiste amateur qui n'hésitait pas à explorer de nouveaux procédés et de nouveaux supports, comme c’est le cas ici, où il utilise un support alors en plein essor au tournant du XXe siècle : le film, ou support souple.


Ce qui frappe d'emblée, c'est la maîtrise de la composition. Augustin Boutique place son sujet devant une grande fenêtre à carreaux, dont la lumière naturelle entre et vient sculpter le visage et les mains de l'artisan : concentré, les yeux baissés sur son geste. Autour de lui, l'établi et les murs sont couverts d'outils et composent un environnement dense, vivant et authentique.


Cette photographie soignée, le travail sur l’ombre et la lumière et cette attention portée au geste et à l’atelier de l'artisan, s'inscrivent pleinement dans l'esthétique pictorialiste, qui revendiquait pour la photographie le statut d'art à part entière.

Focus technique

Breveté en 1888 par John Carbutt et commercialisé dès l’année suivante par George Eastman, le support souple marque une
véritable révolution dans l’histoire de la photographie. Après plus d’un demi-siècle de domination des plaques de verre, qui a vu
naître le daguerréotype, l’ambrotype ou la plaque stéréoscopique, il permet de rendre l’appareil photographique plus léger, plus
pratique et plus facilement transportable.


À l’origine fabriqué en nitrate de cellulose, le film souple est progressivement remplacé par l’acétate de cellulose, puis le
triacétate de cellulose, moins inflammables. Il se compose notamment d’une base transparente, d’une émulsion photosensible contenant des halogénures d’argent et d’une couche protectrice destinée à préserver l’image.


Plus léger et résistant que le verre, le support souple facilite la multiplication des prises de vue et accompagne la démocratisation
de la photographie. Il joue également un rôle essentiel dans les débuts du cinéma, notamment grâce au film 35 mm, qui devient rapidement l’un de ses formats emblématiques.

 

Services proposés et horaires d'ouverture

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  • Lundi, mercredi, jeudi et vendredi : 14h > 17h
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  • Fermée les jours fériés et en août

Pour contacter la photothèque

191, rue Saint-Albin, 59500 DOUAI
03 27 93 58 66
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