Cette toile a demandé plus de 9000 heures de travail à l’artiste douaisien Claude Génisson.

Claude Génisson, La Tour de Babel, inv. D.2019.1, dépôt de l'artiste © Douai, musée de la Chartreuse

Immédiatement située au premier plan, la tour gigantesque s’impose de façon écrasante au spectateur et s’étire sur l’ensemble de la hauteur de la composition pour disparaître mystérieusement à travers l’épaisse couche nuageuse. La structure concentrique de l’édifice, composée de différents niveaux annulaires, s’élargit jusqu’au tiers de sa hauteur avant de rétrécir au fur et à mesure que le regard poursuit l’ascension.

Illuminée de l’intérieur, cette construction futuriste s’insère dans un panorama non moins grandiose, cerné de toutes parts par la mer et les montagnes mais fourmillant de traces des activités humaines. Ainsi retrouve-t-on dans l’angle inférieur droit, un vaste port aménagé au pied de la tour, alors qu’à l’opposé s’étend, autour d’un stade, un autre quartier de cette agglomération tentaculaire. Isolée de l’emprise urbaine dans l’angle inférieur gauche, une cathédrale, à moins qu’il ne s’agisse d’une abbaye, nous donne une idée de l’échelle démesurée de ce monument d’orgueil.

Mais conformément au mythe biblique, cette architecture, si majestueuse soit-elle, semble mise à mal par le cataclysme amorcé à son sommet. Des blocs entiers de l’armature supérieure se disloquent et sont même projetés de manière irrationnelle dans toutes les directions. À peine perceptible dans cette atmosphère crépusculaire, un incendie s’est déclaré dans la colonne centrale de l’édifice et dégage d’épaisses fumées qui se confondent avec les nuages. Le point de vue plongeant choisi par l’artiste renforce la dimension apocalyptique de l’œuvre. La ligne d’horizon incurvée, la disposition troublante des nuages, ainsi que l’inclinaison dangereuse de la tour, paraissant sur le point de basculer vers le spectateur, participent à la perception par le spectateur de la catastrophe représentée.


Certes, cette réinterprétation du thème de la Tour de Babel, aussi bien par l’extrême minutie du rendu des détails que par son perfectionnement technique, évoque la manière des peintres flamands des 15e et 16e siècles. Néanmoins, la transposition moderne - voire futuriste - qu’en propose Génisson avec son style singulier, transcende le modèle original tant par sa dimension cosmique que par sa force dramatique.